Sarah Chouinard-Poirier et Kinga Michalska
Pologne-en-Québec
C’est une histoire dans une histoire dans une histoire. Ça commence par Sarah Chouinard-Poirier et Kinga Michalska, respectivement d’origine québécoise et polonaise, qui entremêlent leurs vies, leurs interrogations et leurs démarches artistiques. Pologne-en-Québec, leur installation vidéo empruntant les codes du documentaire, présente un récit de fiction entremêlant témoignages et scènes du quotidien. Dans un désir de rassemblement et de création collective, Kinga et Sarah ont convié des ami·e·s, toustes artistes, à imaginer des personnages inspirés d’elleux-mêmes, puis à les incarner pour improviser au sein d’un scénario oscillant entre la vraisemblance et l’excès.
On suit ainsi un groupe d’ami·e·s queer tentant de faire communauté autrement en investissant la ruralité. À travers les multiples comités, un projet de théâtre et une production de cornichons issus d’une recette traditionnelle polonaise, le film questionne les limites de nos ambitions révolutionnaires, les contradictions de nos tentatives d’inclusion, les points de friction émergeant de la rencontre interculturelle, et les schémas qui freinent la matérialisation des idéaux. Comme une mise en abîme du premier film, Wesele donne accès à une adaptation mutante de la pièce de théâtre du même nom, montée par les personnages de Pologne-en-Québec. Ce texte culte du répertoire polonais critique l’idéalisation bourgeoise de la vie campagnarde. La conversation entre les œuvres permet alors un dédoublement et un approfondissement des thèmes.
La dernière histoire est celle qui se déroule à l’Écart. Campés dans un décor de cinéma extérieur devant trois grands écrans, les spectateurices assistent à une diffusion immersive. Derrière l’écran qui projette Wesele apparaissent des éléments du décor, brouillant encore une fois la frontière entre fiction et réalité. Si, au premier regard, on peut croire à une simple soirée cinéma, le visionnement est une invitation à dialoguer, à se remettre en question, à rire, et à se reconnaître humblement, dans les désirs comme dans les limites de ses différents personnages.
— Texte de Gabrielle Izaguirré-Falardeau
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D’abord présentée à AXENÉO7, l’exposition Pologne-en-Québec de Sarah Chouinard-Poirier et Kinga Michalska s’inscrit dans Terres en mouvement, une initiative portée par les centres d’artistes AXENÉO7 et l’Écart, ainsi que soutenue par le Conseil des arts et des lettres du Québec dans le cadre du programme Soutien à des initiatives structurantes pour la circulation d’œuvres en arts actuels.
Kinga Michalska est un·e cinéaste et artiste visuel·le queer polonais·e basé·e à Tiohtiá:ke/Mooniyang/Montréal. Sa pratique s’intéresse à la périphérie de ce qui fait l’histoire et de ceux qui la font. Iel utilise la photographie, le cinéma et les installations vidéo pour explorer les espaces culturels communs. Titulaire d’une maîtrise en photographie de l’université Concordia à Montréal, son travail a été présenté dans de nombreux festivals et expositions au Canada, en Corée du Sud et à travers l’Europe. Son premier long métrage documentaire, BEDROCK (2025), a été diffusé en première au Festival du film de Berlin et a remporté le prix du meilleur film polonais au Millennium Docs Against Gravity.
Sarah Chouinard-Poirier est un·e artiste basé·e à Tiotia:ke/Mooniyang/Montréal qui aborde la performance, le film et l’écriture de manière indisciplinaire. Iel pense des scénarios souvent performatifs et parfois collaboratifs, ancrés dans les flux de conscience, les histoires vernaculaires, la théâtralité et l’intertextualité à travers lesquelles se révèlent les liens entre les politiques publiques, la classe, le genre et la dépossession. Surtout, iel s’intéresse aux stratégies pour se venger et faire communauté. Son travail a été accueilli dans plusieurs centres d’expositions, musées, centres d’artistes, festivals de performance et d’arts vivants, conférences, débits de boissons, espaces autogérés et bâtards à travers le Québec, au Mexique et en Pologne.