Véronique Doucet
Racines: cartographie intime des territoires
Il y a la nature à protéger, puis celle qui nous protège. Longtemps plongée dans un art à la défense de l’environnement, Véronique Doucet opère un changement de posture pour plonger dans un nouveau cycle de création, passant de l’écoféminisme à l’écoféminin, de l’action à la contemplation, du sens unique à la réciprocité. Désireuse de s’imprégner des énergies de la forêt pour tisser le visible et l’invisible, l’artiste met son hypersensibilité au service de l’écoute, de l’observation et de l’accueil de ce que le territoire a à lui proposer. Dans un processus lent et intérieur, elle laisse son vécu se transposer dans la forme des paysages, capture les images et récolte ce qui fait sens pour laisser émerger à sa conscience ce qui lui était inaccessible et le transposer dans la matière. Intervenant en techniques mixtes sur ses photographies, elle cumule en parallèle les écofacts et artéfacts qui la ramènent à sa lignée pour réfléchir aux héritages qui nous façonnent. Est-il possible, voire nécessaire, de s’offrir parfois la possibilité du déracinement, de la rupture avec la charge émotionnelle et relationnelle qui transcende les générations et pèse sur nos épaules?
Parallèlement à la création d’un livre d’artiste, Véronique Doucet prépare l’exposition Racines : cartographie intime des territoires, dont la mise en forme débutera pendant sa résidence à L’Écart. Alors que les sorties en forêt et la collecte d’objets relèvent d’une démarche méditative, l’artiste envisage ce séjour comme une immersion totale dans la création effrénée. Après tout, elle reste, de son propre aveu, une artiste de la démesure. Si le résultat final demeure indéterminé, les visiteurs et les visiteuses auront assurément l’occasion de se sentir transportés tant dans la nature que dans la pensée et l’héritage de Véronique Doucet, qui a tout de même cette volonté certaine de faire de l’exposition en soi un lieu de recueillement et de soin.
— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau
Véronique Doucet vit et travaille à Rouyn-Noranda, Québec. Elle est titulaire d’un Baccalauréat en arts de l’Université de Montréal et d’un diplôme de 2e cycle en pratiques artistiques contemporaines de l’UQAT. Elle a présenté des expositions et des performances à travers le Canada, les États-Unis et la France. Elle est récipiendaire de plusieurs bourses, notamment du prix du CALQ en 2015 et finaliste pour ce même prix en 2023. Son projet Aldermac: plantation minière est à l’origine d’une importante victoire environnementale qui a conduit à la restauration d’un site minier abandonné. À l’automne 2023, son travail a fait l’objet d’une exposition rétrospective au Musée d’art de Rouyn-Noranda. Parallèlement à sa pratique artistique, elle est cofondatrice du Groupe Écocitoyen (GÉCO), un groupe environnemental axé sur l’action citoyenne.