Saison 1993–94

Joceline Chabot
Coeurs lourds

Exposition 08.01–06.02.94
 
 
 

Pour les statistiques concernant l’état des choses…
Vous irez voir à la télévision.
Ce dont je veux vous faire état, n’a pas encore été quantifié.
Ne le sera probablement jamais.
Les éprouvettes seront ici inutiles.

Nos enfants ne craignent pas les monstres cachés sour l’oreiller ou sous le lit.
Petite, je voyais leur disparition comme la conséquence logique d’un coup de baguette qu’une fée rieuse agitait de la main.
Les monstres que nos enfants côtoient ne sont plus si fugaces : peu tangibles, parfois invisibles, ils piétinent villes, forêts et rivières.
Comme signes apparents de leur présence, à peine quelques petites toux sèches ou des yeux rougis à deux heures de l’après-midi.

Parfois une catastrophe.
Exxon Valdez, Tchernobyl, St-Basile, Bhopal, Three Miles Island, la mer D’Aral, les Iles Shetland… la mort.
Puis on croit avoir oublié.

Ce dont je veux faire état n’a pas encore été quantifié…
On rapporte pourtant qu’il y a des enfants qui ne souhaitent pas devenir grands…

Voilà… grandir en sachant l’eau, la terre et l’air souillés n’est pas considéré comme un handicap.

On ne soigne pas ces terreurs-là.

– Joceline Chabot

L’artiste montréalaise Joceline Chabot possède un baccalauréat en arts plastiques ainsi qu’une maîtrise en création de l’Université du Québec à Montréal. Sa démarche artistique riche en expérience diverses telles : enseignement des arts, dessins, écriture, théâtre, cinéma et vidéographie l’a conduit, en dix ans, à présenter plusieurs expositions en solo et en groupe.

Dans l’exposition « Coeurs lourds », l’élément déclencheur fut la découverte d’un coeur, plus précisément celui d’un béluga trouvé mort sur les berges du St-Laurent. Par ses sculptures et installations, Joceline Chabot cherche à évoquer la détresse psychologique, le désarroi que peuvent provoquer à notre insu les grandes catastrophes écologiques, les génocides, la perte ou l’abandon d’êtres et de choses qui nous sont chers.

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