Saison 2017–18

Carl Boucher

Pierre-Olivier Tanguay

Stéphanie Requin Tremblay

Yanik Tanguay

Au fond, nous ne sommes pas seuls

Commissaire: Étienne Boulanger

Exposition 08.03–15.04.2018
 
 
 
 

Ce projet d’échange trace le portrait de l’art contemporain de deux régions québécoises situées au nord du 48e parallèle. L’axe de diffusion est-ouest permet de comparer deux systèmes régionaux. Il s’agit ici de découvrir et de comprendre notre voisin à la fois dans son esthétisme et dans son système de production de l’œuvre d’art.

Si, en 1967, Glenn Gould considérait le nord comme un lieu d’isolement et d’introspection, il faut aujourd’hui estimer les possibilités créatrices du territoire et développer un système d’échange ouvert. En tant que commissaire de ce premier volet d’exposition présenté à l’Écart, j’ai réuni une solide sélection d’artistes établis au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

J’ai résolument choisi quatre artistes qui dynamisent ma région et qui naviguent aisément dans le système de l’art. Ces quatre créateurs partagent aussi une vision attentive à notre rapport à l’imagerie populaire et en explorent singulièrement le mode de production répétitif :

Pochoir et traditions chez Carl Bouchard, moulage et abondance chez Yanik Potvin, nature désenchantée et affichage générique chez Pierre-Olivier Tanguay et médias sociaux chez Stéfanie Requin Tremblay.

Ce projet de commissariat permet de revendiquer l’importance de la production culturelle en région éloignée et surtout de contribuer franchement à la transmission du savoir sur notre territoire.

Étienne Boulanger

Faisant suite à cette exposition, du 22 mars au 28 avril 2018, la galerie Espace Virtuel du centre d’artistes Bang à Saguenay présente l’exposition Pendant ce temps, il y a une messe noire, un travelling, un paysage inhabituel et une vidéo sur l’hiver des artistes témiscabitibiens Brigitte Toutant, Donald Trépanier, Kevin Papatie et Zoé Julien-Tessier.

Carl Bouchard

Bouchard met en place un système d’œuvres d’art usant de références indigènes. Les œuvres sont délicates et sensibles, qualificatifs qui collent parfaitement à la démarche de Bouchard qui s’approprie, en partie, la culture autochtone. À l’heure de l’appropriation culturelle, une telle réinterprétation par un artiste blanc est… délicat et sensible. Bouchard ancre sa production dans un savoir-faire ancestral et une maitrise aigüe de son sujet ne laissant aucune place au cliché amérindien. Ses œuvres traduisent, pour nous, des procédés de fabrication artisanaux délicats en mettant de l’avant la sensibilité humaine, éléments indispensables à tout créateur.

À ce sujet, il rejoint les considérations du peintre Georges Mathieu qui, lors de la première présentation publique des anthropométries d’Yves Klein, le 9 mars 1960, lui demanda: « Le rite oui, mais où est le mythe nécessaire à toute création ? »

C’est bien cet audacieux va-et-vient entre rite et mythe qui auréole tout le travail de Carl Bouchard, comme en témoignent ses extraordinaires formes organiques occupant l’espace d’exposition.

Pierre-Olivier Tanguay

Nature désenchantée et affichage générique chez Pierre-Olivier Tanguay

De noir et de blanc, Pierre-Olivier Tanguay illumine la noirceur. L’imposante installation a été réalisée dans le cadre d’une résidence de dix jours à l’Écart. Artiste et travailleur forestier occasionnel, Tanguay arpente le territoire régional. Si la forêt boréale se révèle parfois lucrative et généreuse, elle est aussi vulnérable et imprévisible. Tanguay met en scène le paysage forestier commun de nos régions. Il place des arbustes rabougris et calcinés sur un ilot ravagé. Si ce n’est pas la furie des flammes qui a décimé les conifères, on peut soupçonner l’arrivée d’un envahisseur soudain d’avoir contribué à leur perte.

Disséminées à travers les chicots, des enseignes lumineuses stériles jettent leur lumière blanche et artificielle sur l’ensemble. On ne sait pas lesquels, des conifères ou des panneaux publicitaires, occupaient le territoire en premier. Une chose est certaine, quelqu’un est passé par là.

Stéfanie Requin Tremblay

La large installation murale de Tremblay nous plonge dans un monde de consommation, de marketing et de placement de produits génériques. Nous avons l’impression que l’artiste marchandise sa propre existence. Hygiène, c’est comme une séance photo studio… Mais avec un Polaroid.

Stéfanie Tremblay brouille habilement son existence dans l’imagerie numérique de masse. En parfait accord avec le titre de l’ensemble, les images et les objets sont aseptiques. La composition énigmatique et éclatée nourrit notre propre déchirement affectif entre l’iconographie vintage et l’imagerie populaire des réseaux sociaux rappelant au passage que la technologie est un outil formidable servant, la plupart du temps, à générer des souvenirs.

Yanik Potvin

Après des années dans les fours à cuisson, Potvin revient avec de nouveaux dessins à l’encre et au crayon de bois. Dans ce panorama All-Over, les corps des vedettes rock s’entrechoquent avec les personnages divins et les protagonistes issus de dessins animés douteux. À la manière de Où est Charlie?, Godzilla pourrait régner sur un monde surpeuplé de Bernie Sanders et de Michael Jackson. Réunis au mur, ces dessins forment une fresque narrative où le jeu et les découvertes surprenantes stimulent notre imaginaire. On prend gout au format et on s’émerveille face au travail colossal nécessaire à la réalisation de l’ensemble.

Cette notion du fait à la main est primordiale dans le travail 3D de Potvin. Les nouvelles œuvres sculpturales de l’artiste célèbrent des produits alimentaires qui entrent en collision avec la statuaire religieuse. En re-moulant des objets de la culture populaire Potvin désacralise le monotype. Il manipule astucieusement le protocole de l’atelier, infligeant un traitement sévère à la matière. Autant en 2D qu’en 3D, les œuvres sélectionnées sont denses, ironiques et prodigieusement captivantes.

Étienne Boulanger

Étienne Boulanger vit et travaille à Alma au Québec. Après ses études universitaires en interdisciplinarité à l’Université du Québec à Chicoutimi (2005), il présente des performances sur la scène nationale et internationale dont au 7a*11d de Toronto (2011), au Lieu à Québec (2010) et au 10th Open International Performance Art Festival à Shanghai (2009). Il a participé à plusieurs expositions collectives au Québec dont à Langage plus d’Alma (2012) et à l’événement ORANGE produit par la galerie Expression à Saint-Hyacinthe (2009). Il est professeur en histoire de l’art et en traitement numérique au Collège d’Alma depuis 2007.