Saison 2020–21

100 $ le pied carré

Exposition bénéfice 14.11–13.12.20

Marc-Olivier m’a invité à prendre un café. Il m’a dit : « J’ai quelque chose pour toi. » Je craignais que ce soit un cadeau que je ne saurais pas apprécier. Quand il est arrivé, il trimbalait un sac en plastique avec quelque chose de gros dedans.

On s’est assis à une table et on a parlé d’autre chose. Il m’intimidait parce qu’on se connaissait à peine. Il était très brillant et très intéressant, tellement que chaque fois qu’il me voyait, je pensais qu’il me faisait une faveur. J’ai fini par lui demander ce qu’il y avait dans son sac.

Il en a sorti un panneau de bois dans un format que j’ai tout de suite reconnu. Chaque année, des membres de l’Écart font des œuvres de 1 pied carré qui sont vendues au profit du centre d’artistes.
— Pourquoi tu m’apportes ça?
— Je me suis dit que tu pouvais faire quelque chose, mais là, en plus, j’ai vu que t’avais reproduit un Modigliani.
— Oui, mais c’était surtout une joke.
— Ben moi, je pense que ça serait super que t’en fasses un autre.

Je suis allé acheter du matériel parce que j’avais pris le mien au Dollarama et que la dernière toile que j’avais peinte était pleine de poils de pinceaux. J’avais un chèque cadeau Omer Deserres qu’un ancien amant m’avait donné pour se faire pardonner d’avoir oublié mon anniversaire. J’ai dit au vendeur que c’était ma nièce qui débutait en peinture. Je n’avais pas l’air d’un peintre et j’avais peur qu’il teste mes connaissances pour me prendre au piège.

Quand j’ai eu fini mon tableau, il m’a offert de la vernir pour moi. Je l’ai invité à souper avec son chum Pier-Antoine. Nous avons passé une belle soirée, mais avec l’alcool, j’ai dit plein de choses que je regrette, comme que j’avais déjà donné un pied carré dans un échange de cochonneries à Noël. Marc-Olivier a dit :
— C’est là qu’on voit quelle valeur les gens accordent à l’art, hein?

On a beaucoup ri quand Pier-Antoine a suggéré que j’intitule ma toile La femme à la cravate noire (reproduction), comme pour spécifier que ce n’était pas l’original.

J’étais maladroit, voire arrogant, dans la découverte d’un monde que je ne connaissais pas, mais j’étais surtout content de m’être fait de nouveaux amis.

Antoine Charbonneau-Demers